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Archive for the ‘Sorties’ Category

Un magnifique casting pour un beau et profond film français à l’affiche, qui, par la présence de Marisa Paredes et le titre en forme de clin d’œil, se prévaut d’Almodovar.

lesyeuxdesamere.jpgCes yeux de mère, ce sont aussi bien ceux de Lena Weber (Catherine Deneuve), papesse du « 20 heures », sur sa fille danseuse étoile, Maria Canalès (Géraldine Paillas), de Maylis Tremazan (Marina Foïs) sur son fils adoptif, Bruno (Jean-Baptiste Lafarge, nouvel arrivant au physique de faon), de Maria sur Bruno, de Judit Canalès (Marisa Paredes, si frêle) sur sa belle-fille, Maria.

Ce sont surtout ceux, absents et à jamais fermés, de la mère de Mathieu Roussel (Nicolas Duvauchelle, très intense) sur son fils, personnage-clé du film, qui ne s’est jamais remis de sa mort, et qui s’invente une vie au travers du regard des autres.

Thierry Klifa, dont c’est la troisième réalisation (2004 : Une vie à t’attendre et 2006 : Le héros de la famille, ne nous lâche jamais. Le film dure 1H45 et pourrait plus rapidement nous quitter sur le bord de la route sans nous frustrer, en nous laissant à notre guise rêver la fin du film. Mais, malgré les moments difficiles, les secrets qui se dénouent, la chute de Mathieu, il va jusqu’au bout de sa démarche en usant d’un ressort d’intrigue légèrement rouillé : l’accident d’un de ses personnages.

Mais pas de retrouvailles heureuses, de conclusion de quat’sous. Si on comprend que les secrets n’ont jamais fait le bonheur des familles, mais les beaux jours des scénaristes et des romanciers, tous les personnages ne s’en sortent pas indemnes et la rédemption sera longue pour les autres.

Les femmes ont la part belle du film : depuis Didine (2007 : Vincent Dietschy), Géraldine Pailhas est une de mes actrices françaises préférées, qui, tout comme la plus jeune Natalie Portman, s’est remis à la difficile discipline de la danse pour préparer son rôle tout en fragilité et en détermination. Catherine Deneuve reprend là sans surprise ces rôles de femme forte qu’on lui connaît, mais qui lui vont si bien. Marisa Paredes et Marina Foïs, tout en nuances, légèrement sacrifiées par le scénario.

Si Géraldine Pailhas (femme de Christopher Thompson avec qui Thierry Klifa collabore régulièrement) et Catherine Deneuve sont déjà des habituées de l’univers de Klifa, Nicolas Duvauchelle est quant à son habitude parfait dans le rôle de ce garçon charmeur et insaisissable. Klifa reste complice en le mettant en scène dans une courte démonstration de boxe, alors que l’acteur est bien connu pour son passé de cogneur.

Les yeux de sa mère est une très belle partition sur la parentalité, le rapport à la famille qu’on quitte et qu’on retrouve après avoir fait son propre chemin, sur le vieillissement aussi, Léna et Maria vivant toutes deux des fins de carrière dans des mondes professionnels exigeants qui les renvoient certainement à leurs propres failles. Un subtil équilibre d’émotions, de retenue et de force.

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Ecoutez-moi bien : lâchez immédiatement vos Camilla Läckberg et Stieg Lärsson (mais faites attention à vos pieds, on ne les appelle pas des pavés pour rien) !

poupoupidou.jpgC’est dans un film français qui date un petit peu (sortie janvier 2011) mais sur la critique duquel je me suis un peu endormie, que la dernière grande révélation du polar nordique éclate au grand jour : David Rousseau, alias Jean-Paul Rouve, dans le deuxième long-métrage de Gérald Hustache-Mathieu, Poupoupidou, après Avril en 2006.

Pourquoi Poupoupidou est-il incontournable ?

– PARCE QUE Jean-Paul Rouve : grâce à lui le film est sans arrêt sur le film : à la fois polar, drame et comédie; c’est à ce jour son meilleur rôle au cinéma ;

– PARCE QUE Sophie Quinton, que je n’avais personnellement pas vu depuis Qui a tué Bambi ? Et les personnages de Bambi comme celui de Candice, la Marilyn de Mohle, lui collent parfaitement à la peau ;

– PARCE QU’on y voit plein de quéquettes ; et notamment celle du jeune Guillaume Gouix qui vient compléter mon top 3 des belles gueules en devenir du cinéma français que j’ai failli vous sortir pour la nouvelle année, avec Jean-Pierre Martins (membre du groupe Silmarils, ai-je appris) dans Pieds nus sur les limaces et Raphaël Personnaz, dans La Princesse de Montpensier ;

– PARCE QUE la France n’a rien à envier à la Suède, dans le genre paysages à la Fargo ;

– PARCE QUE ce film est drôle et in-te-lli-gent : Jean-Paul est vache, mais Jean-Paul a un cœur qui bat pour une jolie blonde incomprise au fin fond de la France ;

– PARCE QUE tous les décors intérieurs (l’Hôtel, le loft de Candice, l’appartement de Bruno, le gendarme sexy) sont dignes de figurer dans le dernier ELLE déco ; où est donc le décorateur, « dégage » Valérie, je veux le même chez moi !

– PARCE QUE tous les seconds rôles sont des comédiens déjà vus et que c’est une sorte de « Qui est Qui ? » de deux heures qui se déroule devant nos yeux : Olivier Rabourdin (le commissaire) qui a déjà tourné dans trois films en 2010 (Des hommes et des dieux, Les invités de mon père et Crime d’amour), Arsinee Khanjian (la psy), actrice fétiche de Atom Egoyan, notamment dans le sulfureux Exotica, Clara Ponsot (la réceptionniste) et Joséphine de Meaux (la coiffeuse), habituées des séries TV, Ken Samuels (le politicien), que je ne sais plus où je l’ai vu…

Même si, aujourd’hui, même dans les salles de banlieue, et les MJC, ce film n’est plus diffusé, je me devais donc de vous alerter sur son potentiel.

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Le septième film de Nicole Garcia, après Selon Charlie en 2006, s’ouvre sur la ville d’Oran, berceau de nombreux pieds-noirs aujourd’hui installés en France, dont la mère de mon amoureux. Je crois que je peux deviner la douceur oranaise aux larmes que celle-ci a anticipées en refusant d’aller voir le film avec nous pour les fêtes de Noël. D’ailleurs, à l’origine, Nicole Garcia était elle aussi réticente à utiliser la ville de son enfance, avouant avoir développé un “rapport intranquille” à cette époque.

balconsurlamer.jpgC’est un tout cas un des beaux films de ce début d’année, ample et profond. Le film s’attache de loin à la guerre d’Algérie, dont les prémices servent d’arrière-plan aux scènes de flashback. Mais elle peut expliquer le refoulement que Marc, le tranquille héros du début du film, semble avoir développé. Le film est porté par un Jean Dujardin assuré et fragile à la fois, qui laisse le passé le submerger.

Anna est la femme par qui le passé de ce gendre, père et époux idéal, revient le hanter. Anna, aux cheveux peroxydés de femme fatale, qui semble incroyablement à côté de son personnage. Son identité est rapidement éventée et le film prend à sa moitié un virage plus polar, moins émotionnel, qui peut surprendre dans un premier temps. Affairisme et sentiments se mêlent. Les personnages se cherchent, se testent, se repoussent. Les souvenirs font leur chemin.

Marie-Josée Croze, québécoise de son actif, est une de ces actrices modestes qui me charment. Découverte et « palmée » au Festival de Cannes en 2003 pour Les Invasions barbares de Denis Arcand, dans le rôle d’une toxicomane, sa prestation ne m’avait alors pas spécialement marquée. Et elle s’est doucement imposée dans des seconds rôles à longueur de films Mensonges et trahisons (2004), Munich (2006), Ne le dis à personne (2006), Le scaphandre et le papillon (2007), Le nouveau protocole (2008), Deux jours à tuer (2008), Je l’aimais (2009), Mères et filles (2009), auprès de grands partenaires masculins (Amalric, Cornillac, Dupontel, Auteuil). Elle est parfaite dans le rôle d’Anna.

Si les flashbacks sont parfois trop nombreux, répétitifs et pèsent sur le récit principal, on s’attache vite à cette enfant ignorée, dans les yeux de laquelle on lit l’indescriptible tristesse de ne pas être l’élue. Et qui peine à croire à une seconde chance.

On se rend compte à quel point notre enfance, surtout non digérée, peut peser sur notre vie d’adulte, sur nos choix, et être à l’origine d’une cassure inconsciente, à laquelle on devra un jour se frotter comme Marc qui sanglote sur une terrasse blanche. Tous les acteurs sont sensationnels. Dommage que le rôle de Sandrine Kiberlain, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, ait été si sacrifié, mais le scénario ne lui laissait guère la place de s’exprimer.

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Les émotifs anonymes

Le couple improbable Benoit Poelvoorde et Isabelle Carré a de nouveau rendez-vous au cinéma, après sa rencontre en 2005 sur le tournage d’Entre ses mains d’Anne Fontaine, à l’affiche d’un conte naïf et moderne, Les émotifs anonymes, qui ne sont ni plus ni moins que des PS, comme moi, des phobiques sociaux, débordés par leurs émotions, par leurs peurs, par les autres, par la vie en somme.

emotifs.jpgEn effet, l’aspect « émotif » m’a plus touché que l’aspect « chocolat », qui réjouira la plupart d’entre vous, car, après Potiche et son usine de parapluie, le film se passe dans une fabrique de chocolat désuète, à la limite de la faillite, où Isabelle Carré va faire preuve de tout son talent et emporter le cœur du tout aussi émotif Benoit Poelvoorde. Le film est léger, coloré et complètement intemporel. Il a fallu que j’aille traîner sur le Net pour apprendre que le tournage avait eu lieu en Belgique, patrie du chocolat.

Le réalisateur belge Jean-Pierre Améris s’est inspiré de sa propre expérience pour écrire le scénario, suite à ses expériences à l’hôpital ou dans des groupes de parole qui réunissaient ces “handicapés de la vie”, absolument terrifiés à l’idée de se frotter aux autres. En effet, Les Émotifs anonymes est une véritable association créée à l’usage de personnes qui redoutent la mise en présence et l’intimité. De ces détresses quotidiennes découle une “hyperémotivité” face à autrui. Il rapporte : “Je me souviens que lorsque j’étais enfant et que je devais sortir de la maison, je regardais d’abord par l’entrebâillement du portail pour vérifier qu’il n’y avait personne dans la rue. Si j’arrivais en retard à l’école j’étais incapable d’entrer dans la classe”.

 

Les Émotifs anonymes rejoignent toute une série de « petits » films français qui sortent régulièrement sur nos écrans, tels de petits cailloux sur le chemin de la joie, comme Pieds nus sur les limaces, Le nom des gens ou De vrais mensonges…, ou plutôt de petits morceaux de pain, qui risquent à tout moment de se faire dévorer par les blockbusters et le manque de médiatisation et de salles. Alors n’hésitez pas à partir à la rencontre de ces écorchés de la vie et de leurs petits bonheurs.

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A la mort brutale de sa mère, Clara, jeune parisienne qui travaille dans le cabinet d’avocat de son mari, Pierre, se retrouve face à la difficulté de laisser seule sa jeune sœur Lily, sensible et vulnérable. Elle finit par s’installer – provisoirement – avec elle dans la maison familiale ensoleillée, au milieu de la nature, où Lily s’est créé un cocon protecteur.
 
pieds_nus_sur_les_limaces_affiche.jpgDeuxième long-métrage de Fabienne Berthaud, après Frankie en 2006, également avec Diane Krüger, « Pieds nus sur les limaces » est adapté de son propre roman.
Le film, qui a obtenu le « Art cinema Award » à la Quinzaine des réalisateurs à l’occasion du dernier festival de Cannes, est une ode naturaliste et ensoleillée, où Ludivine Sagnier incarne cette jeune femme « différente » mais néanmoins heureuse.
On se demande d’ailleurs comment aucun réalisateur n’avait jamais pensé à associer plus tôt ces deux actrices, dont les cheveux blonds se mêlent et s’emmêlent et dont la complicité est aussi évidente que celle de leurs personnages.
« Pieds nus sur les limaces » est  un film inégal où le “bon” côtoie le “moins bon”.
Le « bon » : les actrices
Ludivine Sagnier fait une belle composition, crédible et touchante, dans le rôle de Lily, qui n’est pas sans rappeler Miss Ming dans Mammuth et son esthétique, parfois à la limite du cliché. Dans un style beaucoup plus retenu, Diane Krüger impose le personnage, tout en finesse, de cette grande sœur désemparée et débordée par l’imprévisibilité de Lily. Et aussi l’occasion de re-découvrir une bombe animale, sosie de Mickaël Madsen, au nom mais pas au physique passe-partout, Jean-Pierre Martins (Marcel Cerdan dans la Môme).
La scène avec les parents (Jacques Spiesser, le délicieux Danglard d’Adamsberg dans les adaptations tévé de Fred Vargas par Josée Dayan, et Brigitte Catillon) résume assez justement la complexité du cas de Lily, et nous renvoie à la scène de la baignoire, où Clara pense trouver une solution expéditive à sa situation.
Le “moins bon”: des longueurs (durée du film 1H48), dont notamment la partie mi-inquiétante avec le camion de la « Croix Rouge ».
Et surtout, la conversion peu crédible de la “bourgeoise parisienne”, qui bosse forcément dans un cabinet d’avocats (mon dieu, mais quelle horreur !) et qui découvre qu’elle n’a fait que compenser pendant des années les erreurs de cette sœur, qui lui ouvre la voie de l’épanouissement. Pourtant, le comportement de Lily, avec sa parole « vraie », peut être tout aussi déstabilisant (le jeune voisin complètement paumé) qu’épanouissant.

« Pieds nus sur les limaces » est un joli film sur le bonheur et sa difficile approche, sa relativité, un film sur la différence qui fait tomber bien des préjugés (certaines vérités sortent ainsi de la bouche d’êtres à la perception différente).

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Cette semaine, je n’ai pas chômé, pour la chronique cinéma. Mais toujours avec plaisir. A bout portant de Fred Cavayé, réalisateur de Pour elle, avec Vincent Lindon et Diane Krüger, et scénariste. Un titre si passe-partout que je l’ai même oublié au moment de passer à la caisse du cinéma. J’ai juste réussi à dire : le film avec Gilles Lellouche. Car, en effet, ce solide second rôle de 38 ans, qu’on a récemment vu dans Les petits mouchoirs et qui devrait participer au tournage de Sherlock Holmes 2 aux côtés de la Suédoise Noomi Rapace (Millénium), accède à son premier grand rôle, avec une superproduction made in France.

aboutportant.jpgSamuel (Gilles Lellouche), infirmier de son état, mène une vie tranquille avec sa compagne Nadia, enceinte de leur premier enfant. Jusqu’à ce que débarque dans son service un bandit gravement blessé qu’il doit faire sortir, sous peine de ne jamais revoir sa jolie épouse.

Gros moyens, scénario bien ficelé, rythme haletant, belles images (une superbe course-poursuite dans le métro parisien), solides comédiens (les incontournables Roschdy Zem et Gérard Lanvin, qu’il me tarde de voir dans Le fils à Jo), qui lui donnent une aura de « film de mecs ».

Et, malgré un certain nombre de critiques presse très positives, je me suis retrouvée face au vide intersidéral. Pas une once de psychologie, alors que sont effleurés des seconds rôles à fort potentiel. Pas un dialogue qui n’excède les quatre mots. Le nœud de l’affaire nous est balancé en trois secondes baclées. Le happy end est dégoulinant. Les acteurs sont sous-employés et particulièrement peu inspirés, à part les deux fliquettes, aux personnages pourtant sacrifiés, Michelle Perrier et Claire Perot, un poil frémissantes. On nous colle toutes les dix minutes des gros plans sur des visages fermés avec des yeux qui crient, non pas « braguette », mais « je vais te tuer espèce de gros enc*** ». Au final, c’est un polar honnête et creux.

monpote1.jpgContrairement à A bout portant qui aurait gagné en profondeur avec l’ajout de quelques scènes de transition (durée : 85 mn !), Mon pote, de Marc Esposito, dont je n’ai jamais réussi à voir Le cœur des hommes jusqu’au bout, tant ses personnages me semblent caricaturaux, pêche par quelques longueurs, mais emporte haut la main la palme de la sympathie.

On retrouve là aussi une belle brochette d’acteurs français qu’on aime voir et revoir, avec en tête, Edouard Baer et Benoît Magimel, également rescapé des Petits mouchoirs. Mon seul problème, c’est qu’avec Edouard Baer et son phrasé si reconnaissable comparable à celui de Luchini, j’ai toujours du mal à le prendre au sérieux. Mais il s’en tire très bien et Magimel est très juste. Les deux rôles féminins tenus par deux quasi-inconnues (Diane Bonnot et Léonie Simaga) sont valorisés face à nos têtes d’affiche. Juste le thème musical, composé par Calogero, très présent en première partie, m’a particulièrement tapé sur le système.

Inspiré d’une histoire vraie vécue par le réalisateur quand il travaillait au magazine Première, le film s’attache avec réalisme et force détails du quotidien à la drôle d’amitié qui se crée entre Baer, patron d’un magazine d’automobiles, et Magimel, petit malfrat en quête de sérénité. Esposito aborde avec intelligence l’adrénaline d’une vie hors des normes et les scrupules d’un homme qui se trouve à la tête d’une famille et donc de responsabilités.

C’est cela devenir un homme, dans toutes ses nuances, au contraire des personnages de A bout portant, dont seule la virilité semble définir le contour.

Ici, interview de Benoît (j’adore ce mec…).

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Moi, je trouve que ces dernières années, la France, pays de culture cinématographique a donné sa chance à de nombreuses nationalités : après la Chine et les pays asiatiques, « nouveau centre de gravité du cinéma mondial » (1), on assiste au renouveau du cinéma sud-américain et méditerranéen.

Dans la lignée d’Almodovar et Alejandro González Inárritu, j’ai dernièrement eu le plaisir de pouvoir voir ET écouter, en VO, un film italien (Amore de Luca Guadagnino, avec Tilda Swinton) et un film argentin (Dans ses yeux de Juan José Campanella, qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 2010 ).

Doté de la nationalité américaine, et malgré George Clooney en vedette, The American se passe dans les Abruzzes, région montagneuse reculée au nord de Rome, qui compte de nombreuses espèces de papillons. Le film est adapté du roman A Very Private Gentleman de l’écrivain britannique Martin Booth, publié en 1990.

Pour celles qui, comme moi, profitent de leur passage chez le coiffeur pour rafler tous les derniers potins, notre George passe en effet de plus en plus de temps dans sa résidence du Lac de Côme auprès de sa ragazza, Elisabetta Canalis, présentatrice de télévision originaire de Sardaigne. Ce qui peut expliquer son implication dans cette production italo-américaine.

Le réalisateur néerlandais Anton Corbijn est déjà l’auteur d’un premier film remarqué en noir et blanc Control, sorti en 2007, sur le groupe Joy Division et son leader Ian Curtis, interprété par Sam Riley, lui-même chanteur du groupe anglais 10.000 Things.

Dans une ambiance sourde et étouffante (il faut oublier le film d’action à l’américaine), le film démarre sur une première scène choquante. Visage fermé, George est beaucoup moins drôle que chez Nespresso. Peu de dialogues. L’Italie est loin d’être filmée comme dans Mange, prie, aime avec deudeuche et petits restos avec nappes à carreaux. La lumière est blanche, les locaux taiseux, à part ce curieux curé qui s’attache au pas de notre mystérieux tueur, tentant de creuser dans son âme comme pour y déloger des mystères à partager et de belles raisons de croire à la rédemption.

Le scénario, signé de Rowan Joffe qui n’est autre que le fils du réalisateur Roland Joffé (Mission, La Cité de la joie), fait preuve d’une minutie exemplaire : on s’attache avec austérité et sans effets superflus aux moindres détails de la retraite de George.

Le film est esthétiquement réussi, mais il faut se laisser bercer par son rythme si particulier si on ne veut pas se détacher totalement de l’histoire. George est particulièrement bien entouré par deux superbes actrices (Thekla Reuten, hollandaise au parcours éclectique dans le rôle de Mathilde et Violante Placido dans le rôle de Clara).

Film déroutant tout autant que passionnant, il détourne les codes habituels du polar et offre à George un rôle à-part dans sa filmographie.

(1) 1999, Olivier Joyard et Charles Tesson, dans le numéro des Cahiers du cinéma « Made in China »

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