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Jeudi 14 avril dernier, la conférence de presse animée par Gilles Jacob, président du festival, et Thierry Frémaux, son délégué général, au Grand Hôtel Continental à Paris, a dévoilé les dix-neuf films de la compétition officielle (sur les quarante neufs programmés pour le Festival) présidée par Robert de Niro, ainsi que ceux de la compétition parallèle, Un Certain Regard. La composition des jurys sera transmise ultérieurement.

affiche-du-64e-festival-de-cannes-10435105mxprx.jpgD’après le dossier de presse, le grand acteur américain de soixante six ans, dont la carrière ronronne gentiment depuis plus de dix ans, a déclaré : « Le Festival de Cannes représente pour moi une occasion rare, car c’est un des plus anciens et des meilleurs festivals au monde ». Robert De Niro, connu pour son amour de New York, a en effet co-fondé les festivals de cinéma de Tribeca et de Doha. Il a déjà présenté huit films au Festival de Cannes, dont deux récompensés par la Palme d’Or : Taxi Driver, en 1976, suivi dix ans plus tard par Mission de Roland Joffé.

Contrairement à la maussade édition 2010, où le jury présidé par Tim Burton avait attribué la Palme à Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) qui est passé totalement inaperçu sur les écrans et donc au box-office, l’édition 2011 se dote de grands noms (Almodovar, les frères Dardenne, Von Trier…) comme de nouveaux arrivants, avec l’Australienne Julia Leigh et l’Autrichien Markus Schleinzer, qui y présentent leur tout premier long métrage (Sleeping Beauty pour la première, Michael pour le second). Et c’est Terence Malick avec The Tree of Life, avec Brad Pitt et Sean Penn qui sortira en fin de festival, le 18 mai, qui fait déjà le buzz.

Trois films français seront également en compétition : Polisse de Maïwenn, Pater d’Alain Cavalier et L’Apollonide (Souvenirs de la maison close) de Bertrand Bonello. Avec dix Palmes d’or depuis la création du Festival en 1939, la France est troisième d’un classement général dominé par les Etats-Unis avec dix neufs Palmes et l’Italie avec onze Palmes.

C’est Midnight in Paris, le nouveau film de Woody Allen qui fera l’ouverture, hors sélection, le 11 mai prochain parallèlement à sa sortie en salles. Après Londres (Match Point) et Barcelone (Vicky Cristina Barcelona), c’est Paris qui a les honneurs de la caméra du cinéaste new-yorkais le plus apprécié du public européen. Avec la très attendue Mme la Présidente, dans un rôle quasi-muet (ça nous changera) qui ne devrait pas faire d’ombre à son bien-aimé, dont l’ascension jusqu’aux présidentielles sera disséquée dans une fiction très polémique : La Conquête de Xavier Durringer, premier film réalisé sur un président encore en exercice

Du côté d’Un Certain Regard, partie de la Sélection officielle consacrée au cinéma d’art et d’essai, qui fait la part belle aux jeunes talents étrangers, c’est le cinéaste serbe Emir Kusturica qui présidera le jury. Des films venus d’Afrique du Sud, du Chili, du Japon, de Corée du Sud, de Roumanie ou du Mexique seront par exemple présentés, tandis que l’ouverture sera assurée par Restless de Gus Van Sant.

Au total, trente-trois pays seront représentés cette année au Festival de Cannes. Une proportion très élevée par rapport aux années précédentes, et qui témoigne une certaine volonté de la part des organisateurs de faire de l’événement cannois une vitrine sur les différents courants cinématographiques à travers le monde. “Nous voulions qu’il y ait dans cette sélection une grande diversité géographique, générationnelle et stylistique“, a insisté Thierry Frémaux. “Il faut permettre aux œuvres non formatées de s’exprimer“, a souligné pour sa part Gilles Jacob. Cette 64e édition aura également “une pensée particulière” pour l’Egypte, pays invité d’honneur.

Une palme d’honneur sera remise à Bernardo Bertolucci en ouverture du Festival : c’est une grande nouveauté de 2011. Les organisateurs la décerneront désormais chaque année lors de la Cérémonie d’ouverture. Cette reconnaissance sera attribuée à un réalisateur important, dont l’œuvre fait autorité mais qui n’a jamais obtenu de Palme d’or (lot de consolation, je dis ça, je dis rien…). Dans un passé récent, Woody Allen, en 2002, ou Clint Eastwood, en 2009, se sont vu remettre cette distinction par le Président Gilles Jacob.

N’oublions pas non plus que Cannes est une affaire de gros sous : indissociable du Festival, le Marché du Film est devenu le rendez-vous annuel le plus prisé des professionnels du cinéma. Et il se porte bien. On note +10% d’inscriptions à ce jour par rapport à 2010. Mi-avril, plus de trois mille sociétés venant d’une centaine de pays, parmi lesquelles bon nombre de nouvelles sociétés américaines ont confirmé leur participation. Avec mille deux cents projections déjà programmées cette année, le Marché du Film propose aux acheteurs une très large palette de films avec, pour la première fois, des projections du Bangladesh, de Géorgie ou de Porto Rico.

J’avoue que je valide et re-valide l’affiche officielle, avec Faye Dunaway en égérie, qui fait sienne la phrase de François Truffaut dans L’homme qui aimait les femmes : « Les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tout sens, lui donnant son équilibre et son harmonie. » Après le modernisme de l’année dernière, c’est un retour aux sources du cinéma avec un portrait de l’actrice américaine signé Jerry Schatzberg, photographe et réalisateur new-yorkais, lauréat de la Palme d’or pour Scarecrow (l’Epouvantai) en 1973.

C’est l’omniprésente Mélanie Laurent qui vient de réaliser son premier film, Les adoptés, qui officiera en tant que maîtresse de cérémonie, à l’ouverture et à la clôture du Festival. Elle succède dans ce rôle à Kristin Scott-Thomas, ma chouchoute, confirmant ainsi son statut de valeur en hausse (personnellement, si elle ne commence pas à m’agacer, c’est parce qu’elle continue à m’agacer…).

La Compétition officielle :

– Pedro Almodovar : La piel que habito – Espagne
– Bertrand Bonello : L’Apollonide (Souvenirs de la maison close) – France
– Jean-Pierre et Luc Dardenne : Le Gamin au vélo – Belgique
– Nuri Bilge Ceylan : Once Upon a Time in Anatolia – Turquie
– Naomi Kawase : Hanezu no Tsuki – Japon
– Alain Cavalier : Pater – France
– Joseph Cedar : Footnote – Israël
– Aki Kaurismäki : Le Havre – Finlande
– Julia Lee : Sleeping Beauty – Australie
– Maïwenn : Polisse – France
– Terrence Malick : The Tree of Life – USA-
– Radu Mihaileanu : La source des femmes – France/Roumanie
– Takashi Miike : Ishimei – Japon
– Nanni Moretti : Habemus Papam – Italie
– Lars Von Trier : Melancholia – Danemark
– Lynn Ramsay : We need to talk about Kevin – GB
– Nicolas Winding Refn : Drive – Danemark
– Markus Schleinzer : Michael – Autriche
– Paolo Sorrentino : This must be the place – Italie

A noter, tribu aux nouvelles technologies, deux films hors sélection seront diffusés en 3D, à savoir le dernier Pirate des Caraïbes de Rob Marshall, et Ishimei, un film de samouraï de Takashi Miike.

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Un magnifique casting pour un beau et profond film français à l’affiche, qui, par la présence de Marisa Paredes et le titre en forme de clin d’œil, se prévaut d’Almodovar.

lesyeuxdesamere.jpgCes yeux de mère, ce sont aussi bien ceux de Lena Weber (Catherine Deneuve), papesse du « 20 heures », sur sa fille danseuse étoile, Maria Canalès (Géraldine Paillas), de Maylis Tremazan (Marina Foïs) sur son fils adoptif, Bruno (Jean-Baptiste Lafarge, nouvel arrivant au physique de faon), de Maria sur Bruno, de Judit Canalès (Marisa Paredes, si frêle) sur sa belle-fille, Maria.

Ce sont surtout ceux, absents et à jamais fermés, de la mère de Mathieu Roussel (Nicolas Duvauchelle, très intense) sur son fils, personnage-clé du film, qui ne s’est jamais remis de sa mort, et qui s’invente une vie au travers du regard des autres.

Thierry Klifa, dont c’est la troisième réalisation (2004 : Une vie à t’attendre et 2006 : Le héros de la famille, ne nous lâche jamais. Le film dure 1H45 et pourrait plus rapidement nous quitter sur le bord de la route sans nous frustrer, en nous laissant à notre guise rêver la fin du film. Mais, malgré les moments difficiles, les secrets qui se dénouent, la chute de Mathieu, il va jusqu’au bout de sa démarche en usant d’un ressort d’intrigue légèrement rouillé : l’accident d’un de ses personnages.

Mais pas de retrouvailles heureuses, de conclusion de quat’sous. Si on comprend que les secrets n’ont jamais fait le bonheur des familles, mais les beaux jours des scénaristes et des romanciers, tous les personnages ne s’en sortent pas indemnes et la rédemption sera longue pour les autres.

Les femmes ont la part belle du film : depuis Didine (2007 : Vincent Dietschy), Géraldine Pailhas est une de mes actrices françaises préférées, qui, tout comme la plus jeune Natalie Portman, s’est remis à la difficile discipline de la danse pour préparer son rôle tout en fragilité et en détermination. Catherine Deneuve reprend là sans surprise ces rôles de femme forte qu’on lui connaît, mais qui lui vont si bien. Marisa Paredes et Marina Foïs, tout en nuances, légèrement sacrifiées par le scénario.

Si Géraldine Pailhas (femme de Christopher Thompson avec qui Thierry Klifa collabore régulièrement) et Catherine Deneuve sont déjà des habituées de l’univers de Klifa, Nicolas Duvauchelle est quant à son habitude parfait dans le rôle de ce garçon charmeur et insaisissable. Klifa reste complice en le mettant en scène dans une courte démonstration de boxe, alors que l’acteur est bien connu pour son passé de cogneur.

Les yeux de sa mère est une très belle partition sur la parentalité, le rapport à la famille qu’on quitte et qu’on retrouve après avoir fait son propre chemin, sur le vieillissement aussi, Léna et Maria vivant toutes deux des fins de carrière dans des mondes professionnels exigeants qui les renvoient certainement à leurs propres failles. Un subtil équilibre d’émotions, de retenue et de force.

Ecoutez-moi bien : lâchez immédiatement vos Camilla Läckberg et Stieg Lärsson (mais faites attention à vos pieds, on ne les appelle pas des pavés pour rien) !

poupoupidou.jpgC’est dans un film français qui date un petit peu (sortie janvier 2011) mais sur la critique duquel je me suis un peu endormie, que la dernière grande révélation du polar nordique éclate au grand jour : David Rousseau, alias Jean-Paul Rouve, dans le deuxième long-métrage de Gérald Hustache-Mathieu, Poupoupidou, après Avril en 2006.

Pourquoi Poupoupidou est-il incontournable ?

– PARCE QUE Jean-Paul Rouve : grâce à lui le film est sans arrêt sur le film : à la fois polar, drame et comédie; c’est à ce jour son meilleur rôle au cinéma ;

– PARCE QUE Sophie Quinton, que je n’avais personnellement pas vu depuis Qui a tué Bambi ? Et les personnages de Bambi comme celui de Candice, la Marilyn de Mohle, lui collent parfaitement à la peau ;

– PARCE QU’on y voit plein de quéquettes ; et notamment celle du jeune Guillaume Gouix qui vient compléter mon top 3 des belles gueules en devenir du cinéma français que j’ai failli vous sortir pour la nouvelle année, avec Jean-Pierre Martins (membre du groupe Silmarils, ai-je appris) dans Pieds nus sur les limaces et Raphaël Personnaz, dans La Princesse de Montpensier ;

– PARCE QUE la France n’a rien à envier à la Suède, dans le genre paysages à la Fargo ;

– PARCE QUE ce film est drôle et in-te-lli-gent : Jean-Paul est vache, mais Jean-Paul a un cœur qui bat pour une jolie blonde incomprise au fin fond de la France ;

– PARCE QUE tous les décors intérieurs (l’Hôtel, le loft de Candice, l’appartement de Bruno, le gendarme sexy) sont dignes de figurer dans le dernier ELLE déco ; où est donc le décorateur, « dégage » Valérie, je veux le même chez moi !

– PARCE QUE tous les seconds rôles sont des comédiens déjà vus et que c’est une sorte de « Qui est Qui ? » de deux heures qui se déroule devant nos yeux : Olivier Rabourdin (le commissaire) qui a déjà tourné dans trois films en 2010 (Des hommes et des dieux, Les invités de mon père et Crime d’amour), Arsinee Khanjian (la psy), actrice fétiche de Atom Egoyan, notamment dans le sulfureux Exotica, Clara Ponsot (la réceptionniste) et Joséphine de Meaux (la coiffeuse), habituées des séries TV, Ken Samuels (le politicien), que je ne sais plus où je l’ai vu…

Même si, aujourd’hui, même dans les salles de banlieue, et les MJC, ce film n’est plus diffusé, je me devais donc de vous alerter sur son potentiel.

Ces Prix, qui récompensent chaque année les espoirs féminins et masculins, généralement « jeunes », du cinéma français et francophone, ont eu lieu ce mercredi 16 mars au Bon Marché, privatisé pour l’occasion, avec des parrains aussi prestigieux que Lancel, les montres Hamilton ou les lunettes Silhouette.

Le prix Romy-Schneider est une récompense attribuée chaque année depuis 1984 (où il a été remis à Christine Boisson pour Rue barbare) à une comédienne, par un jury masculin.

Son équivalent masculin, décerné en même temps par un jury féminin, est le prix Patrick-Deweare, qui a remplacé en 2007 le prix Jean-Gabin, créé en 1981 (avec pour lauréat Thierry Lhermitte pour Clara et les chics types), suite à un désaccord entre l’organisation et la fille de Jean Gabin.

Ainsi, les prix ont cette année été décernés en présence de Mado Maurin et de Lola Dewaere, la mère et la fille de Patrick Dewaere.

Alors qui a succédé à Tahar Rahim et Marie-Josée Croze, vainqueurs en 2010 ?

Le jury, composé de professionnels de la presse, de la télévision, de la radio, du cinéma, du théâtre (15 femmes pour le prix féminin et 17 hommes pour le prix masculin) avait décidé de nommer :

Pour le Prix Romy Schneider

  • Anaïs Demoustier (D’Amour Et D’Eau Fraîche)
  • Leïla Bekhti (Tout Ce Qui Brille)
  • Léa Seydoux (Belle épine)

Pour le Prix Patrick Dewaere

  • Gilles Lellouche (Les Petits Mouchoirs)
  • Raphaël Personnaz (La Princesse De Montpensier)
  • Eric Elmosnino (Gainsbourg (vie Héroïque))

Si les César ont récompensé Leïla Bekhti (meilleur espoir féminin pour Tout ce qui brille) et Eric Elmosnino (meilleur acteur pour Gainsbourg, vie héroïque), ce sont deux autres comédiens qui seront récompensés.

Le prix Romy Schneider revient à Anaïs Demoustier, 23 ans, alors que le prix Patrick Dewaere va à Gilles Lellouche, 38 ans, actuellement à l’affiche de Ma part du gâteau.
C’est Jean Dujardin qui a remis son prix à Gilles Lellouche, tandis qu’Isabelle Huppert remettait le sien à Anaïs Demoustier.

La comédienne succède ainsi à Juliette Binoche (1986), Sandrine Kiberlain (1995) ou Ludivine Sagnier (2003).

Chez les garçons, quelques-uns de ses illustres prédécesseurs : Thierry Lhermitte (1981), François Cluzet (1984) ou Guillaume Canet (2000).

A noter qu’initialement le Prix 2009 devait être attribué à Nicolas Duvauchelle. Mais le règlement du prix stipule que le lauréat doit être présent le soir de la cérémonie. Or, Duvauchelle ne pouvant y assister, c’est son dauphin Louis Garrel qui a été désigné… De la même manière, en 2008, c’est Clotilde Hesme qui, en raison de son absence, laissait sa place à Audrey Dana.

Ce qui biaise déjà pas mal la sincérité de cette récompense, qui arrive parfois à brule-pourpoint pour des comédiens aux CV artistiques déjà bien garnis.

Alors auto-congratulation narcissique du milieu ou véritable tremplin ?

Contrairement à la France et à l’ouverture des Césars sur des cinémas différents, les Etats-Unis se contentent de valider le succès public du Discours d’un roi, tout en emballant leur cérémonie dans la naphtaline. Après la soirée des Césars vendredi soir au Théâtre du Châtelet, les Oscars se sont tenus dans la nuit de dimanche à lundi, en direct de la Mecque du cinéma, Los Angeles.

cesar-2011.jpgMême si certaines mauvaises langues pourraient attribuer les deux Césars majeurs reçus par Roman Polanski (meilleure adaptation avec l’auteur du polar Robert Harris, et meilleur réalisateur, soit le troisième de sa carrière) au soutien des artistes français dans le cadre du retour sur le devant de la scène de la condamnation américaine pour « rapports sexuels illégaux avec un mineur » du cinéaste en 1978, ceux-ci sont amplement mérités (il s’est également vu décerner l’Ours d’argent de la meilleure mise en scène au Festival de Berlin 2010).

Je rappelle ici la règle du jeu pour ceux et celles qui seraient surpris(es) de retrouver le cinéaste polono-français en lice, double nationalité qu’il a fait valoir en 1977 (il est né à Paris en 1933), pour éviter d’être extradé aux États-Unis dans cette même affaire.

La nationalité d’un film est déterminée par la législation nationale. Les systèmes d’octroi de la nationalité d’un film ne sont pas homogènes, notamment au sein des pays membres de l’UE. Pour qu’une œuvre soit considérée comme française, l’entreprise de production doit être établie en France. La notion de “film européen” apparaît pour la première fois dans les textes européens dans la Directive du Conseil du 15 octobre 1963. Sont alors considérés comme européens, les films “ayant la nationalité d’un État membre”.

C’est ainsi que la France est l’un des rares pays européens ayant réussi à préserver un cinéma national face aux grosses productions américaines, grâce à la combinaison d’un système d’épargne forcée géré par l’Etat et de l’adossement du cinéma sur les chaînes de télévision, qu’elles soient généralistes ou à péage.

Le reste du palmarès de vendredi soir est hétéroclite et définitivement tourné vers la jeune génération : Sara Forestier, meilleure actrice pour Le nom des gens, réjouissant film sur « l’identité nationale » : Éric Elmosnino, meilleur acteur pour Gainsbourg vie héroïque , Leïla Bekhti, dont le décolleté a volé la vedette à Sophie Marceau à Cannes, meilleur espoir féminin pour Tout ce qui brille : Edgar Ramirez, meilleur espoir masculin pour Carlos le film.

Même si Des hommes et des dieux n’a pas permis à Xavier Beauvois de remporter le trophée de meilleur réalisateur, il repart avec trois récompenses (meilleur second rôle pour le légendaire Mickaël Lonsdale, meilleure photographie), dont celle de meilleur film de l’année. Le grand oublié : Tournée de Mathieu Amalric.

Et pour finir, un César d’honneur à Quentin Tarantino remis par Diane Kruger dans la plus vilaine robe de la soirée, alors que Elsa Zilberstein en fourreau à la Mireille Darc et Mélanie Thierry en combi-pantalon de soie noire (Black is back !) défendaient le chic à la française.

Contrairement aux Césars, les résultats des Oscars ont fait preuve d’une grande timidité, en attribuant au Discours d’un roi les quatre grandes statuettes : meilleur film, meilleur réalisateur (Tom Hooper), meilleur acteur (Colin Firth) et meilleur scénario original. Même si on peut estimer qu’avec son petit budget de quinze millions, le film britannique est une sorte de rempart aux blockbusters ultra-budgetés, c’est le succès à l’américaine, qui plait tant à la plèbe.

Pour avoir vu le film, d’une grande sensibilité, avec un très beau jeu de ping-pong entre Colin Firth et Geoffrey Rush et même Helena Bonham Carter (Queen Mum !), j’ai été extrêmement touchée, mais le vainqueur aurait définitivement dû être The Social Network, le meilleur Fincher de tous les temps, qui d’ailleurs a emporté (faible consolation) le César du meilleur film étranger.

Tout comme les frères Coen ont totalement été zappés avec True Grit, alors que le film fait les meilleures entrées aux USA de toute leur filmographie. On applaudira néanmoins à l’Oscar ultra mérité de Natalie Portman pour Black Swan. Outsider de la cérémonie, le très attendu The Fighter – qui sortira en France le 9 mars – s’est distingué grâce à son doublé dans les catégories Meilleur second rôle pour Christian Bale et Melissa Leo.

Prochain rendez-vous : du 11 au 22 mai prochain pour la 64ème édition du Festival de Cannes, présidée par Robert de Niro.

Précédemment :  Annonce des nominations pour les Golden Globes 2011

Après avoir atteint des audiences record avec la précédente cérémonie (les cotes d’écoute ont grimpé de 12%), Ricky Gervais, acteur et humoriste ( ?), a animé avec sobriété la 68ème édition des Golden Globes qui s’est tenu ce samedi 15 janvier 2011, heure locale, sur NBC.

Contrairement aux Oscars, ici pas vraiment de “spectacle” au programme, mais plutôt une succession de remise de prix entrecoupée d’un nombre de pages publicitaires incalculables, pour trois heures d’antenne.

  • blackswan.jpgLa charmante Natalie Portman, enceinte du danseur français Benjamin Millepied (nom particulièrement prédestiné), qui l’a coachée sur le tournage de Black Swan, emporte le Golden Globe de la meilleure actrice dramatique.
  • discours.jpgLe favori de la soirée, Le discours d’un roi, avec sept nominations a été totalement ignoré, en dehors du Golden Globe du meilleur acteur dramatique pour Colin Firth dans le rôle du roi bègue.
  • socialnetwork.jpgAlors que The Social Network confirmait avec quatre trophées, et se positionnait ainsi comme le grand favori des Oscars. Je ne saurais trop vous recommander d’aller voir ce film si ce n’est encore fait, c’est mon top de l’année 2010.
  • carlos.jpgGrosse satisfaction pour la France : Carlos d’Olivier Assayas remporte le Golden Globe du meilleur téléfilm. Désolée pour les filles qui attendaient l’Illusionniste, dans la catégorie « meilleur film d’animation », c’est (sans surprise) Toy Story 3 qui l’emporte.
  • boardwalk.jpgPour la télé, la superproduction de Scorcese, Boardwalk Empire, avec Steve Buscemi en tête d’affiche, actuellement diffusé en France sur Orange CinéMax depuis décembre dernier, confirme avec les prix de « Meilleur acteur » et « Meilleure série ».
  • glee.jpgEt Glee, dont je n’ai pas encore aperçu le bout d’une chaussette montante ou d’une jupette de pom-pom girl, confirme pour une année de plus.

Prochains rendez-vous cinéma le 21 janvier pour les nominations des Césars et le 25 janvier pour celles des Oscars, le 25 février avec la cérémonie des Césars et le 27 février pour celle des Oscars.

Le septième film de Nicole Garcia, après Selon Charlie en 2006, s’ouvre sur la ville d’Oran, berceau de nombreux pieds-noirs aujourd’hui installés en France, dont la mère de mon amoureux. Je crois que je peux deviner la douceur oranaise aux larmes que celle-ci a anticipées en refusant d’aller voir le film avec nous pour les fêtes de Noël. D’ailleurs, à l’origine, Nicole Garcia était elle aussi réticente à utiliser la ville de son enfance, avouant avoir développé un “rapport intranquille” à cette époque.

balconsurlamer.jpgC’est un tout cas un des beaux films de ce début d’année, ample et profond. Le film s’attache de loin à la guerre d’Algérie, dont les prémices servent d’arrière-plan aux scènes de flashback. Mais elle peut expliquer le refoulement que Marc, le tranquille héros du début du film, semble avoir développé. Le film est porté par un Jean Dujardin assuré et fragile à la fois, qui laisse le passé le submerger.

Anna est la femme par qui le passé de ce gendre, père et époux idéal, revient le hanter. Anna, aux cheveux peroxydés de femme fatale, qui semble incroyablement à côté de son personnage. Son identité est rapidement éventée et le film prend à sa moitié un virage plus polar, moins émotionnel, qui peut surprendre dans un premier temps. Affairisme et sentiments se mêlent. Les personnages se cherchent, se testent, se repoussent. Les souvenirs font leur chemin.

Marie-Josée Croze, québécoise de son actif, est une de ces actrices modestes qui me charment. Découverte et « palmée » au Festival de Cannes en 2003 pour Les Invasions barbares de Denis Arcand, dans le rôle d’une toxicomane, sa prestation ne m’avait alors pas spécialement marquée. Et elle s’est doucement imposée dans des seconds rôles à longueur de films Mensonges et trahisons (2004), Munich (2006), Ne le dis à personne (2006), Le scaphandre et le papillon (2007), Le nouveau protocole (2008), Deux jours à tuer (2008), Je l’aimais (2009), Mères et filles (2009), auprès de grands partenaires masculins (Amalric, Cornillac, Dupontel, Auteuil). Elle est parfaite dans le rôle d’Anna.

Si les flashbacks sont parfois trop nombreux, répétitifs et pèsent sur le récit principal, on s’attache vite à cette enfant ignorée, dans les yeux de laquelle on lit l’indescriptible tristesse de ne pas être l’élue. Et qui peine à croire à une seconde chance.

On se rend compte à quel point notre enfance, surtout non digérée, peut peser sur notre vie d’adulte, sur nos choix, et être à l’origine d’une cassure inconsciente, à laquelle on devra un jour se frotter comme Marc qui sanglote sur une terrasse blanche. Tous les acteurs sont sensationnels. Dommage que le rôle de Sandrine Kiberlain, qu’on n’avait pas vu depuis longtemps, ait été si sacrifié, mais le scénario ne lui laissait guère la place de s’exprimer.